Deux entrepreneurs remplissent exactement les mêmes formulaires, à la même date, pour le même type de société. L’un s’en sort pour 225 €. L’autre signe un chèque de 1 500 €, parfois plus. Même greffe, mêmes papiers, même SIRET au bout. L’écart ne vient pas de l’État, il vient d’un choix que peu de créateurs identifient clairement au moment de se lancer.
La confusion a une cause simple. Le budget de création d’entreprise mélange deux natures de dépenses : des frais officiels, fixés par décret et identiques pour tous, et une prestation de service, dont le prix est libre. Le premier poste se compte en dizaines d’euros. Le second peut atteindre plusieurs milliers, sans qu’aucune loi ne l’encadre.
Résultat : beaucoup de porteurs de projet comparent des offres qui ne parlent pas de la même chose. Une plateforme à 0 € et un cabinet à 1 200 € ne vendent pas le même produit, et l’un des deux inclut parfois la comptabilité de l’année quand l’autre s’arrête à l’immatriculation. Comparer ces montants sans grille de lecture revient à comparer un billet d’avion sec et un forfait avec bagage, hôtel et transfert.
Ce guide applique une règle simple : la méthode du Coût Réel Année 1 (CRA1). On ne regarde pas le prix affiché sur la création, mais la somme effectivement sortie de la trésorerie après douze mois d’activité, comptabilité comprise. C’est la seule comparaison qui tient debout, et elle change radicalement le classement des options.
- Micro-entreprise et entreprise individuelle : inscription gratuite sur le guichet unique de l’INPI, sauf cas particulier de l’agent commercial (23,21 €).
- Société (EURL, SASU, SARL, SAS, SCI) : trois frais légaux incompressibles, soit environ 200 à 300 € au total selon la forme choisie.
- Capital social : 1 € minimum pour une SASU, une SAS, une EURL ou une SARL. L’argent reste dans la société, mais le dépôt peut coûter 69 € HT chez certaines banques en ligne.
- Le service d’accompagnement fait toute la différence : de 0 € sur le guichet unique à 1 500 € HT en cabinet.
- Le piège du « création offerte » : un cabinet peut offrir la constitution et facturer 1 800 à 3 000 € HT de comptabilité annuelle.
- Règle CRA1 : arbitrer sur le coût de la première année complète, jamais sur le seul prix de l’immatriculation.
Frais de constitution : ce que l’État prélève, quel que soit votre prestataire
Ces montants ne se négocient pas et ne varient pas d’un intermédiaire à l’autre. Ils sont versés au greffe ou au journal d’annonces légales, point final.
Micro-entreprise et entreprise individuelle : zéro euro dans la plupart des cas
Déclarer une micro-entreprise ne coûte rien, quelle que soit l’activité. Une pièce d’identité, un justificatif de domicile, une déclaration sur le guichet unique, et le SIRET arrive. Même logique pour l’entreprise individuelle au régime réel.
Une exception subsiste : l’agent commercial immatriculé au registre spécial des agents commerciaux paie 23,21 €. Un cas de niche, mais qui surprend encore ceux qui exercent cette activité.
Sociétés : trois lignes de frais, pas une de plus
Pour une société, la facture officielle tient en trois éléments : l’immatriculation au registre du commerce (33,83 €), la déclaration des bénéficiaires effectifs (19,33 €), et l’annonce légale de constitution, dont le forfait dépend de la forme juridique.
Voici les tarifs officiels applicables en France métropolitaine, hors prestation d’accompagnement :
| Forme juridique | Annonce légale (HT) | Total des frais légaux (TTC) |
|---|---|---|
| EURL | 124 € | environ 200 € |
| SASU | 142 € | environ 225 € |
| SARL | 148 € | environ 230 € |
| SAS | 199 € | environ 290 € |
| SCI | 191 € | un peu plus de 300 € |
La SCI décroche la palme pour une raison mécanique : son immatriculation au registre coûte plus cher que celle d’une société commerciale, ce qui pousse le total au-delà des 300 €. Retenez ce repère : le coût selon le statut juridique reste, dans tous les cas, inférieur à 350 €. Tout ce qui dépasse relève du conseil, pas de l’obligation légale.

Capital social : une dépense qui n’en est pas une
Le dépôt de capital génère une confusion fréquente. Déposer 1 000 € sur un compte bancaire au nom de la société ne consomme pas ces 1 000 € : ils restent sur le compte et serviront à financer l’activité. Le minimum légal est de 1 € pour une SASU, une SAS, une EURL ou une SARL.
Ce qui se facture, c’est le service autour. Une banque traditionnelle ne prend souvent rien si vous domiciliez le compte chez elle. Une néobanque peut facturer l’attestation de dépôt : comptez 69 € HT chez Qonto, et le même tarif chez Shine, avec la gratuité offerte pour un abonnement souscrit sur douze mois.
Autrement dit, une SASU coûte environ 225 € avant même de parler d’accompagnement. Le reste, c’est du service, et c’est là que les écarts se creusent.
Guichet unique, plateforme ou cabinet : trois voies, trois logiques
Depuis 2023, toutes les créations passent par le guichet unique de l’INPI, y compris celles déposées par les plateformes. Le site officiel ne facture rien au-delà des frais légaux.
La voie manuelle : gratuite, exigeante, parfois risquée
Pour une micro-entreprise, faire soi-même est le bon réflexe. Une heure de saisie, et c’est réglé.
Pour une société, la charge change de nature. Il faut rédiger les statuts, déposer le capital, obtenir l’attestation, publier l’annonce légale dans un journal habilité, puis constituer le dossier complet. Si une pièce manque, le greffe rejette et tout est à reprendre. Et si une clause est mal tournée, la responsabilité reste celle du créateur.
Sur une SASU de services à associé unique, des statuts types suffisent. Dès qu’il y a plusieurs associés, un apport en nature ou une répartition de capital sur mesure, le bricolage coûte plus cher que l’accompagnement. Un pacte d’associés mal ficelé peut déclencher un conflit à cinq chiffres.
Les plateformes en ligne : le juste milieu
Ces acteurs génèrent les documents à partir de modèles rédigés par des avocats, puis gèrent les formalités. Ni cabinet d’avocats, ni cabinet comptable : leur valeur ajoutée est l’outillage et la vitesse.
Chez LegalPlace, la formule Basique est à 0 € HT (le parcours guidé et l’envoi au greffe), l’Express à 199 € HT avec un formaliste dédié, un traitement sous 24 heures et une garantie contre le rejet, et la formule Premium à partir de 69 € HT par mois avec comptabilité et domiciliation. Pour une micro-entreprise, comptez 59 € HT en standard et 99 € HT en express, alors que la démarche officielle est gratuite. Un avis détaillé sur LegalPlace permet de mesurer ce qui est réellement inclus avant de valider.
Indy joue une autre partition : la création est offerte, hors frais de greffe et d’annonce légale, contre un abonnement qui démarre à 22 € HT par mois pour une société. Comptabilité automatisée, déclarations, compte pro gratuit, facturation, conseiller pour le choix du statut. Sur douze mois, l’engagement représente 264 € HT. La gratuité de la création n’est donc pas un cadeau : c’est un modèle par abonnement, assumé et lisible.
D’autres comparatifs circulent, notamment sur les meilleures plateformes pour créer sa société, et ils font apparaître la même tendance : plus l’offre est complète, plus le prix affiché sur la constitution perd de sens.
Le cabinet : le conseil, pas la paperasse
Trois métiers interviennent selon les cas : l’expert-comptable pour la majorité des TPE, l’avocat pour des statuts sur mesure ou un montage avec holding, le notaire uniquement si un bien immobilier entre au capital. Les honoraires sont libres, sans barème.
Une création en cabinet se situe le plus souvent entre 500 et 1 500 € HT, jusqu’à 2 000 ou 3 000 € avec un prévisionnel financier ou des statuts complexes. La quasi-totalité des cabinets applique la même tactique commerciale : création offerte ou réduite contre la signature d’une lettre de mission comptable. Un cabinet physique facture alors 1 800 à 3 000 € HT par an pour la comptabilité d’une SASU simple. Dougs, positionné en ligne, affiche 150 € HT la création seule, remboursés si la comptabilité suit.
Ce que vous payez réellement, c’est le conseil en amont : SASU ou EURL, niveau de rémunération, régime de TVA, protection sociale. Sur ce terrain, un bon interlocuteur évite des erreurs qui coûtent bien plus que ses honoraires.

Le budget réel d’une SASU sur douze mois : le test CRA1
Prenons le cas de Camille, développeuse web à Lyon, qui crée une SASU de services en 2026. Même activité, même greffe, mêmes frais légaux de 225 € : seuls changent l’accompagnement et la comptabilité.
| Option | Coût de la création | Ce qui est inclus |
|---|---|---|
| Guichet unique INPI | environ 225 € | Les frais légaux, rien d’autre |
| Plateforme, formule Basique | environ 225 € | Parcours guidé et envoi au greffe |
| Plateforme, formule Express | environ 465 € | Formaliste dédié et garantie anti-rejet |
| Logiciel comptable avec création offerte | 225 € + 264 € HT par an | Création et comptabilité de l’année |
| Cabinet, création seule | 225 € + 500 à 1 500 € HT | Conseil et statuts sur mesure |
| Cabinet, avec comptabilité | 225 € + 1 800 à 3 000 € HT par an | Création offerte et comptabilité annuelle |
Camille l’a compris en trois minutes de calcul. Une création « offerte » en cabinet lui coûte au final plus de 2 000 € sur l’année. Une création facturée 465 € chez une plateforme la laisse sous les 500 €, mais ne tient pas sa comptabilité : il faudra la produire elle-même ou payer un outil à côté. Deux offres, deux métiers différents, deux budgets qui ne se comparent pas ligne à ligne.
Le bon arbitrage dépend donc de trois variables : la complexité du projet, le nombre d’associés, et la volonté de déléguer la comptabilité dès le premier exercice.
- Micro-entreprise ou entreprise individuelle : passez par le guichet unique, c’est gratuit et rapide. Un accompagnement à 59 € HT rassure, mais reste optionnel.
- SASU ou EURL solo avec une activité de service simple : une plateforme suffit. La formule Basique sécurise le dépôt sans surcoût, l’Express délègue la gestion.
- Projet qui inclut aussi la comptabilité : un abonnement à 22 € HT par mois couvre création, déclarations et facturation, soit 264 € HT sur l’année.
- Associés, investisseurs, immobilier ou plusieurs sociétés : direction le cabinet. Payez le conseil une fois, ou négociez-le contre la mission comptable.
Un dernier chiffre à garder en tête : une clause mal rédigée ou un pacte d’associés bâclé coûte toujours plus cher que des honoraires. Économiser sur la constitution a du sens quand le projet tient sur une personne et une activité lisible. Cela n’en a aucun quand plusieurs patrimoines ou plusieurs personnes sont engagés.
Et le réflexe à prendre dès le premier jour ne coûte rien : séparez strictement vos finances personnelles et professionnelles. Le comptable qui reprendra vos livres vous en saura gré, et votre trésorerie aussi.






























