L’évolution explique pourquoi vous avez besoin d’un espace personnel pendant le confinement

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Les humains sont des créatures intensément sociales. Nous avons tous besoin de compagnie et de contacts sociaux. Mais pour beaucoup d’entre nous, être à la maison pendant de longues périodes avec un petit groupe de personnes – même celles que nous aimons le plus – peut devenir frustrant.

Pour comprendre pourquoi le contact permanent avec notre famille semble si inhabituel, il faut examiner le fonctionnement des groupes sociaux chez les autres espèces de primates.

Normalement, l’interaction d’un primate avec les autres est très bien équilibrée. Ni nos ancêtres avant Homo sapiens ni nos proches parents comme les chimpanzés et les bonobos ne vivent généralement dans un cadre social fixe et immuable. Au contraire, leurs groupes sociaux naturels sont flexibles, ce qui leur donne l’espace et le temps de modifier leurs interactions sur de courtes périodes.

Ce genre de groupes, plus complexes que ceux de nombreux mammifères, sont appelés sociétés à niveaux multiples ou « fission-fusion ». Elles consistent en un groupe global qui se sépare puis se réunit à nouveau sur une base horaire, quotidienne ou hebdomadaire.

La composition des sous-groupes peut varier, les individus allant et venant. La distance qu’ils parcourent les uns par rapport aux autres peut varier, tout comme la durée pendant laquelle les sous-groupes restent ensemble. Certains, comme les groupes mère-enfant, peuvent durer des années. D’autres ont une durée de vie beaucoup plus courte et reflètent l’évolution rapide des alliances, des chutes et des amitiés.

Cela ressemble aux groupes d’amitié humaine, dont certains durent toute la vie et d’autres seulement la brève durée d’un séjour.

De l’espace pour respirer

Les zoos doivent comprendre l’importance de fournir aux animaux en captivité un environnement social approprié pour leur permettre de s’épanouir. Chez les singes et les singes, les modèles de comportement perturbateurs entraînant un comportement psychotique font l’objet de recherches depuis plus de 30 ans. Il semble donc évident que le besoin d’espace personnel et le désir de contrôler l’intensité et la fréquence de nos contacts avec nos familles ne sont pas exclusifs aux humains.

La vie en groupes sociaux est une stratégie de survie fondamentale pour les primates et c’est l’une des raisons pour lesquelles il est si difficile de fournir aux grands singes de bons foyers en captivité.

L’homme moderne, quant à lui, a souvent la liberté de diviser sa maison en plusieurs pièces et d’utiliser d’autres espaces pour le travail et les loisirs. Cela nous aide (dans des circonstances normales) à avoir un mélange d’intimité, de camaraderie et de temps en famille. Dans un environnement fermé, bien sûr, nous avons beaucoup moins de liberté. Les relations sociales qui sont normalement entretenues par une combinaison d’interactions intenses et de périodes de séparation – pendant que les enfants vont à l’école et les adultes au travail – existent désormais dans une proximité étroite et durable.

Les humains ont également les réseaux sociaux les plus flexibles et les plus variables de toutes les espèces de primates. Nos groupes sociaux d’environ 150 individus comprennent des « cercles » de tailles prévisibles de personnes qui se rapprochent successivement. Et contrairement aux chimpanzés, nous n’avons pas de limites précises pour nos groupes.

Un réseau social humain n’est pas une unité bien définie où tout individu est soit dedans, soit dehors. Au contraire, les frontières sont fluides et, à la périphérie, de nouvelles personnes entrent et d’autres sortent. Les bonobos ont une approche similaire.

Chacun de nos réseaux sociaux se chevauche également, à des degrés divers, avec d’autres. Un ami qui fait définitivement partie de mon réseau aura son propre réseau qui chevauche le mien à un degré plus important qu’une connaissance éloignée.

Pour les chasseurs-cueilleurs humains, ce type de structure en réseau – avec des liens étroits et des liens distants, et des connexions sans chevauchement entre les membres d’une même tribu – est vital pour la survie. Dans les moments de stress extrême, comme une grave sécheresse, le fait d’avoir un ou deux contacts très éloignés vous donne un endroit où aller si vous ne pouvez pas rester chez vous.

Un groupe d’appartenance peut se séparer pendant une saison, chaque famille se rendant chez ses amis éloignés et se réunissant lorsque les conditions s’améliorent. Le groupe peut le faire sans perdre son identité globale. Cela peut également être utile dans les moments de conflit social, en laissant le temps nécessaire pour se calmer.