Le Hard Brexit de Boris Johnson : l’éventualité d’un report

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C’est Boris Johnson, le nouveau Premier Ministre élu à la tête du gouvernement britannique qui hérite de la complexe mise en œuvre du Brexit. Ce processus désigne la décision du Royaume de sortir de l’Union Européenne. Il est notamment à l’origine de la démission de l’ancienne Premier Ministre britannique Theresa May.

Cette dernière n’a pas réussi à renégocier les termes du contrat de retrait avec l’UE, après que le document ait essuyé trois refus au niveau du parlement londonien. Fort de sa récente élection, B. Johnson a aussi récemment faite une demande de renégociation des termes de l’entente auprès de Bruxelles. Le refus de la capitale européenne amène le nouveau Premier Ministre à étudier l’alternative d’un divorce sans accord.

Pourquoi le Royaume Uni veut renégocier les conditions du Brexit ?

Face au rejet du contrat du Brexit par la Chambre des communes, Theresa May avait réussi à repousser par deux fois la date du processus de sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne. Actuellement, la date butoir a été fixée le 31 octobre, suite au Conseil européen qui a eu lieu le 11 avril. Mais, ni l’UE, ni le gouvernement britannique n’ont intérêt à ce qu’une sortie sans accord ou Hard Brexit évoquée par Boris Johnson soit consommée.

Le Backstop, principal vecteur du hard Brexit

Les conditions du Brexit ont été fixées suite à 17 mois de longues négociations réalisées par Theresa May au niveau de l’UE. Elles font l’objet d’un livre de pas moins de 600 pages et définissent les termes du contrat de retrait, ainsi que de la déclaration politique qui régira les relations entre les pays européens et le Royaume Uni.

Parmi ces conditions, le contrat de retrait prévoit ce qui est appelé « filet de sécurité », lequel est à l’origine de la naissance du terme Backstop. Ce filet a été prévu pour éviter que la frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord ne soit de nouveau mise en place après la réalisation du retrait. C’est surtout cette condition qui est à l’origine des trois rejets du traité par le Parlement britannique.

Les objectifs du filet de sécurité du Brexit : rejetés par Boris Johnson et le Parlement britannique

Le dernier rejet des termes du Brexit par le Parlement britannique a eu lieu le 29 janvier. Depuis, Theresa May avait fait la demande auprès de l’UE de renégocier les termes du filet de sécurité, qui est la cause principale des refus contre le traité. Mais les pays européens ne veulent en aucun cas renégocier cette clause, pour des raisons politiques et économiques.

En effet, la sortie du Royaume Uni de la communauté européenne impliquerait la remise en place d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Cette scission empêcherait la libre circulation des biens, l’institution du marché unique et abolirait les normes des taxes douanières communes aux pays européens. Les termes du contrat de sortie concernant la frontière irlandaise permettrait ainsi à l’UE de maintenir l’unité commerciale.

Les conséquences du backstop du Brexit pour le Royaume-Uni

Les protocoles qui régissent les enjeux de la frontière irlandaise font l’objet d’une grande partie du traité encadrant le Brexit. Ils prévoient notamment qu’en l’absence d’une solution jusqu’à la fin du processus prévu en 2020, un backstop soit automatiquement mis en place pour empêcher qu’une frontière physique ne soit rétablie entre les deux Irlandes.

Les implications politico-économiques du Brexit pour le Royaume Uni et l’UE

Ils garantissent que la libre circulation des marchandises en vigueur au sein de l’UE soit maintenue, pour éviter que le Royaume Uni ne mette en place des taxes douanières pour les produits agricoles et industriels.

Dans le même temps, ces clauses empêchent aussi le Royaume Uni d’établir des traités commerciaux avec d’autres pays extérieurs à l’Europe, pour éviter que des produits étrangers à l’UE ne profitent des mêmes libertés douanières. Cela bloque ainsi la liberté d’échanger des biens avec d’autres pays, et les possibilités d’établir des normes uniques.

Pour l’Irlande du Nord en particulier, le Brexit obligera ce dernier à respecter les normes et autres décisions européennes, et fera de cette région du pays une zone douanière à part. Ces clauses sont considérées par le Parlement britannique comme une incursion européenne dans la future politique du Royaume Uni.

Le backstop du Brexit : pour la paix et la stabilité dans le pays

Bien que le backstop puisse être considéré comme un piège économique dressé par l’UE, c’est aussi une mesure préventive pour maintenir le traité de paix conclu par les accords du vendredi saint le 10 avril 1998.

En effet, les Irlandais du nord ont voté majoritairement pour rester au sein de l’UE, contrairement aux autres compatriotes. La paix dan le nord du pays est donc une fois de plus menacée. Pour rappel, l’Irlande a été victime d’un conflit politico-économique durant 30 ans, matérialisé par une frontière physique. Les affrontements entre unionistes et nationalistes y ont fait plus de 3500 victimes.

Le Brexit annoncerait normalement le rétablissement de cette frontière, d’où la nécessité du fameux filet de sécurité. L’ancienne frontière physique qui a séparé l’Irlande du Nord en deux a laissé de profonds traumatismes et sa remise en place peut remettre en cause l’ancien accord de paix. De plus, pas moins de 25000 personnes traversent actuellement tous les jours cette frontière et les entreprises de l’Irlande du Nord exportent près de 31% de leurs productions vers la République d’Irlande.